Une simple question aux défenseurs de la Loi de Programmation de la Recherche (LPR)
Paris, le 21 novembre 2020
J’ai une seule question pour les défenseurs de la LPR : Quand cette loi sera adoptée pourrez-vous encore raisonnablement conseiller à vos étudiants, vos élèves, vos enfants de se lancer dans une carrière de chercheur ou d’enseignant-chercheur ?
Répondez à cette question en votre âme et conscience. C’est la question clef pour l’avenir de la recherche. La seule qui importe…
Pourrez-vous raisonnablement conseiller à un jeune ayant fait 10 ans d’études brillantes (5 ans de maîtrise ou d’ingénieur, 3 ans de thèse et 2 ans de Postdoc) d’accepter un emploi précaire d’au moins 6 ans, payé à moins de 2 fois le SMIC, en courant le très grand risque, arrivé pas loin de la quarantaine, de ne pas avoir d’issues ni publiques ni privées ?
Pourrez-vous raisonnablement lui dire d’accepter d’être payé toute sa vie 3 fois moins qu’un ingénieur, 6 fois moins que dans une université américaine et 12 fois moins que chez un GAFAM ? Dans le passé, ce sacrifice financier, nous sommes nombreux français et étrangers à l’avoir choisi car, la recherche française offrait une inestimable liberté et autonomie intellectuelle qui rendait, à nos yeux, le sacerdoce scientifique enthousiasmant. La LPR avec la précarisation et le financement par projet supprime cette liberté.
Pourrez-vous raisonnablement attiser sa vocation alors que la LPR donne à d’obscures assemblées nommées de bureaucrates et d’entrepreneurs, pour la plupart ignares en science et essentiellement intéressés par un hypothétique ROI à court terme, le pouvoir de choisir les sujets qu’il devra traiter ?
Pourrez-vous raisonnablement lui cacher que bien que le contribuable français ait déboursé 500 K€ pour ses 10 ans de formation, son avenir est clairement ailleurs ?
Ces jeunes femmes et hommes sont intelligents et informés, à contrecœur ils désertent les carrières académiques en France. La LPR n’envoie aucun message positif pour les dissuader, bien au contraire. Vous ne pourrez pas les convaincre. Vous ne pourrez pas stopper l’hémorragie.
Savinien

