Songe d’une douche fêlée
C’est l’heure de l’averse tropicale de la douche fêlée qui dissipe les brumes matinales de la jungle pensée.
C’est l’heure des songes.
Sous la douche mon premier songe est toujours le même : envisager mon insignifiance.
Dans le temps, si la durée de cet univers était ramenée à 1 an, la totalité de mon existence durerait moins d’une seconde, à peine un battement de cœur.
Dans l’espace, il y a 100 milliards (1011) d’étoiles dans la galaxie et, sans doute, 100 milliards de galaxies (1011). Notre soleil n’est donc même pas un grain de sable dans l’étendue du Sahara. Ma petite personne n’est qu’une parmi les 7 milliards (1010) d’individus qui occupent la 3e planète qui tourne autour de ce grain de sable.
Dans la mémoire, Je ne sais rien de mes arrières grands-parents et mes arrière-petits-enfants ne sauront rien de moi, pas même mon nom.
Certains pourraient penser qu’après ce songe ma journée est foutue. Il n’en est rien, bien au contraire.
Une fois écorchée de la vanité, la raison peut se délecter de son incompréhensible faculté de donner du sens. Contemplation, observation, découverte, exploration, expérimentation, l’ennui n’est jamais là, place à l’excitation d’éventuels débats et la jouissance d’une étincelle de compréhension.
C’est donc uniquement pour qu’ils n’échappent pas à ma mémoire et pour le plaisir que j’éprouve à les formuler que je décris ici mes autres songes.
Toute autre ambition ne serait qu’un retour sournois de la vanité écartée.
Savinien
